Avez-vous déjà eu l’impression que, peu importe la quantité de crème que vous appliquez, votre peau reste assoiffée, terne ou irritée ? Vous n’êtes pas seul(e). Dans cette interview exclusive pour Un homme et une femme, nous avons eu l’honneur d’échanger avec le Dr. Nina Roos, dermatologue française reconnue et experte en esthétique. Loin des promesses marketing superficielles, elle nous plonge au cœur de l’infiniment petit : notre microbiome. Découvrez pourquoi restaurer votre barrière cutanée est l’urgence absolue de cette saison et comment adopter une routine In & Out qui transformera votre épiderme durablement. Préparez-vous à déconstruire vos idées reçues sur l’hydratation profonde.

1. Qui est le Dr. Nina Roos ?
Dermatologue basée à Paris, le Dr. Nina Roos n’est pas une praticienne comme les autres. Auteure de plusieurs ouvrages de référence dont « Une peau en pleine forme », elle prône une dermatologie décomplexée, moderne et surtout holistique. Pour elle, la peau n’est pas une simple enveloppe extérieure que l’on doit polir, mais le miroir fidèle de notre santé intérieure.
Là où beaucoup se contentent de prescrire des topiques ou des médicaments, le Dr. Roos analyse l’impact du stress, de la pollution, du sommeil et surtout de l’alimentation sur la qualité de l’épiderme. C’est cette expertise globale, rare dans le milieu, qui nous a poussés à l’interroger aujourd’hui. Son credo ? « Less is more ». Mieux vaut peu de produits, mais parfaitement adaptés à l’équilibre fragile de votre barrière cutanée.
2. La barrière cutanée : Le bouclier invisible que vous détruisez sans le savoir
UHEUF (Un homme et une femme) : Dr. Roos, on entend souvent parler de « barrière cutanée » dans les magazines ou sur les réseaux sociaux. De quoi s’agit-il exactement et pourquoi est-ce si crucial pour la santé du corps ?
Dr. Nina Roos : C’est la base de tout. Pour visualiser, imaginez un mur de briques. Les briques sont vos cellules mortes aplaties (les cornéocytes) et le ciment qui les maintient solidement ensemble est composé de lipides, du gras. C’est structure, c’est la barrière cutanée. Son rôle est double et vital : d’un côté, empêcher l’eau précieuse de votre corps de s’évaporer vers l’extérieur, et de l’autre, empêcher les agressions extérieures, bactéries pathogènes, allergènes, pollution, poussière, de pénétrer dans l’organisme.
Le problème majeur aujourd’hui, c’est que nous passons notre temps à décaper ce mur sans nous en rendre compte. L’utilisation quotidienne de gels douche trop agressifs, les fameux sulfates, l’eau très calcaire de nos villes ou les gommages à grains trop fréquents finissent par dissoudre ce « ciment » lipidique. Résultat : le mur se fissure. C’est là que les problèmes commencent : rougeurs, démangeaisons, tiraillements, peau de croco. Restaurer cette barrière cutanée est la condition sine qua non pour avoir une belle peau. Sans cela, aucune crème, aussi chère soit-elle, ne pourra fonctionner car elle ne « tiendra » pas sur un mur en ruine.
3. Le Microbiome : Pourquoi faut-il arrêter de trop se laver ?
UHEUF : Vous parlez souvent du microbiome. Est-ce que cela concerne aussi la peau du corps, ou seulement l’intestin ?
Dr. Nina Roos : C’est un sujet passionnant et encore trop méconnu du grand public. Votre peau est un écosystème vivant, une planète à part entière. Elle est colonisée en permanence par des milliards de bactéries, de champignons et de virus inoffensifs : c’est le microbiome cutané.
Contrairement à ce que l’hygiénisme moderne du XXe siècle nous a appris, ces bactéries sont nos amies. Elles participent activement à l’immunité de la peau. Un microbiome équilibré et diversifié occupe le terrain et empêche les mauvaises bactéries de proliférer, comme celles responsables de l’acné, des infections ou des odeurs corporelles désagréables. Il aide aussi à maintenir une hydratation profonde en produisant des substances protectrices.
Le drame actuel, c’est l’excès d’hygiène. En nous lavant deux fois par jour avec des savons antiseptiques ou trop parfumés, nous commettons un véritable génocide bactérien sur notre propre peau. Pour préserver votre microbiome, je recommande souvent de se laver les zones « sociales » : aisselles, pieds, intime quotidiennement avec un savon doux, mais de rincer simplement le reste du corps à l’eau claire si vous n’avez pas transpiré excessivement (pas de sport, pas de canicule). Cela permet à la flore cutanée de se régénérer et de faire son travail de protection naturelle.
4. L’Hydratation Profonde : La différence entre « Gras » et « Eau »
UHEUF : Nos lecteurs confondent souvent peau sèche et peau déshydratée. Quelle est la clé d’une hydratation profonde ?
Dr. Nina Roos : C’est la confusion la plus fréquente en consultation ! Une peau sèche manque de gras (lipides), c’est un type de peau génétique. Une peau déshydratée manque d’eau, c’est un état passager. Sur le corps, nous avons souvent les deux problèmes simultanément, surtout en hiver.
Pour obtenir une hydratation profonde, il ne suffit pas de mettre de l’eau sur sa peau, qui s’évaporerait instantanément. Il faut une stratégie en deux temps : apporter des agents humectants, comme la glycérine ou l’acide hyaluronique, qui captent l’eau comme des éponges, et sceller le tout avec des corps gras ; beurre de karité, huiles végétales, céramides, qui réparent la barrière cutanée et empêchent l’eau de fuir.
C’est pourquoi les textures « huiles sèches » sont parfois trompeuses : elles satinent la peau en surface, sentent bon, mais ne pénètrent pas toujours assez pour corriger la sécheresse en profondeur. Je conseille, surtout quand il fait froid, de privilégier des baumes ou des laits riches. Une astuce de pro : appliquez-les sur une peau encore légèrement humide après la douche, ne vous séchez pas totalement. Cela emprisonne l’eau résiduelle pour une hydratation profonde bien plus efficace.
5. Décryptage : Les 4 ingrédients stars de l’Hydratation Profonde
UHEUF : Dr. Roos, pour restaurer la barrière cutanée concrètement, quels sont les ingrédients précis qu’il faut chercher sur les étiquettes ?
Dr. Nina Roos : C’est une excellente question, car le marketing nous perd souvent avec des termes compliqués. Pour une efficacité réelle et médicale, cherchez ces quatre actifs dans la liste INCI de vos produits :
- Les Céramides : C’est l’ingrédient roi. Si votre peau est un mur, les céramides sont le ciment de qualité supérieure. Les peaux atopiques ou très sèches en manquent naturellement. Appliquer une crème riche en céramides permet de « rembourrer » la barrière cutanée quasi instantanément.
- L’Urée : Un actif sous-coté mais miraculeux. À faible dose, moins de 5%, elle hydrate intensément en retenant l’eau. À plus forte dose, 10% et plus, elle devient « kératolytique », c’est-à-dire qu’elle « grignote » les peaux mortes rugueuses. C’est l’actif idéal pour les peaux de crocodile sur les jambes.
- La Niacinamide (Vitamine B3) : On la connaît pour le visage, mais elle est fantastique pour le corps. Elle apaise l’inflammation, rougeurs, envie de se gratter et stimule la production naturelle de céramides par la peau. C’est un actif « intelligent » qui renforce le microbiome.
- Le Squalane : Dérivé souvent de l’olive ou de la canne à sucre, il mime le sébum humain. Il est donc parfaitement bio-compatible et accepté par la peau, permettant de sceller l’hydratation sans effet gras.
À l’inverse, fuyez les alcools dénaturés (Alcohol Denat) en haut de liste, qui assèchent, et méfiez-vous des parfums synthétiques trop présents si votre peau est réactive.
6. Routine In & Out : Ce que vous mangez se voit sur votre corps
UHEUF : Chez Un homme et une femme, nous aimons l’idée de globalité. Parlez-nous de la Routine In & Out.
Dr. Nina Roos : La peau se nourrit avant tout de l’intérieur via la microcirculation sanguine. Vous pouvez appliquer les meilleures crèmes du monde, si votre alimentation est pauvre en nutriments, votre barrière cutanée restera fragile et perméable. Une véritable routine In & Out repose sur l’apport en acides gras essentiels que le corps ne sait pas fabriquer seul.
Les Oméga-3 sont les architectes de vos membranes cellulaires. Je recommande de consommer régulièrement des petits poissons gras ; sardines, maquereaux, harengs mais aussi des noix, de l’huile de colza ou de lin (à ne pas chauffer). Si votre peau est très sèche, une cure de compléments alimentaires à base d’huile de bourrache ou d’onagre peut faire des miracles en 3 semaines seulement.
L’autre pilier de la routine In & Out, c’est évidemment l’eau. Mais attention, boire 2 litres d’eau ne va pas directement « remplir » votre peau comme un ballon. Cependant, cela permet une bonne circulation sanguine qui, elle, va apporter les nutriments aux cellules de la peau. Sans oublier les antioxydants ; fruits et légumes colorés, pour protéger le microbiome et les cellules du stress oxydatif causé par la pollution et les UV.
7. Bonus : La recette « Glow Body » du Dr. Roos
Pour illustrer notre routine In & Out, voici une recette de smoothie facile à réaliser pour booster votre hydratation de l’intérieur. C’est un véritable cocktail pour la peau :
- 1/2 Avocat : Pour les bons gras mono-insaturés qui nourrissent la membrane cellulaire.
- 1 poignée d’Épinards frais : Riches en vitamines B pour la régénération cellulaire.
- 1 cuillère à café de graines de Lin broyées : Une bombe d’Oméga-3 anti-inflammatoires.
- 1 grand verre d’Eau de Coco : Pour les électrolytes et l’hydratation minérale.
- Quelques myrtilles : Pour les polyphénols (antioxydants) qui protègent le collagène.
Mixez le tout et buvez cela 2 à 3 fois par semaine au petit-déjeuner. Votre peau vous dira merci plus vite que vous ne le pensez !
8. Homme vs Femme : La peau a-t-elle un genre ?
UHEUF : Notre marque s’adresse aux deux sexes. Y a-t-il une différence physiologique majeure ?
Dr. Nina Roos : Oui et non. La peau masculine est différente sous l’influence de la testostérone. Elle est généralement plus épaisse d’environ 20%, plus grasse (plus de glandes sébacées) et vieillit un peu plus tardivement… mais plus brutalement une fois le processus enclenché. Cependant, hommes comme femmes possèdent une barrière cutanée et un microbiome qu’il faut protéger.
Les hommes ont souvent tendance à négliger l’hydratation du corps, pensant à tort que leur peau est plus « robuste ». C’est une erreur. Le frottement des vêtements, par exemple les pantalons, le sport, la transpiration et les douches chaudes abîment tout autant leur film hydrolipidique. Si les textures trop riches, type beurres corporels, rebutent souvent les hommes à cause du fini collant ou long à pénétrer, ils doivent impérativement se tourner vers des laits fluides enrichis en urée ou en glycérine, pour garantir une hydratation profonde sans effet gras. L’éducation au soin doit être unisexe.
9. Kératose Pilaire et Eczéma : Quand la peau demande de l’aide
UHEUF : Parlons de problèmes « niche » mais très fréquents. Beaucoup de nos lecteurs se plaignent de « peau de poulet » sur l’arrière des bras. Qu’est-ce que c’est ?
Dr. Nina Roos : On appelle cela la Kératose Pilaire. C’est une condition génétique extrêmement fréquente, totalement bénigne mais inesthétique. La peau produit trop de kératine au niveau du follicule pileux, ce qui crée un petit bouchon dur et donne cet aspect granuleux, râpeux, souvent sur l’arrière des bras, les cuisses ou les fesses.
L’erreur classique est de gommer furieusement avec un gant de crin ! Cela ne fait qu’inflammer la zone et rougir la peau. La solution réside dans l’hydratation chimique « intelligente ». Utilisez des laits corporels contenant de l’acide salicylique ou de l’urée, comme mentionné plus tôt. Ils vont dissoudre le bouchon en douceur, jour après jour, sans frotter. Et surtout, ne percez jamais ces petits boutons, au risque de laisser des cicatrices pigmentaires.
UHEUF : Et pour l’eczéma, qui semble exploser ces dernières années ?
Dr. Nina Roos : L’eczéma atopique est le signe ultime d’une barrière cutanée défaillante, poreuse et d’un microbiome en détresse, souvent colonisé par le staphylocoque doré, le tout aggravé par le stress, le fameux axe cerveau-peau. En période de crise, il faut revenir au minimalisme absolu : utiliser un syndet, un savon sans savon surgras, prendre des douches tièdes, et appliquer des émollients stériles vendus en pharmacie. Mais attention à la Routine In & Out ici aussi : le sucre raffiné et les produits laitiers inflammatoires peuvent parfois déclencher des poussées chez certains patients sensibles.
10. Saisonnalité : Adapter sa routine (Été vs Hiver)
UHEUF : Doit-on garder la même crème toute l’année ?
Dr. Nina Roos : Absolument pas ! Votre peau ne vit pas dans le même environnement en juillet et en janvier.
- En Hiver : Le froid extérieur, le vent et le chauffage central assèchent l’air ambiant. L’évaporation de l’eau cutanée est maximale. C’est le moment de passer aux textures « Beurre », « Baume » ou « Cérat ». Votre hydratation profonde doit être blindée pour résister aux chocs thermiques.
- En Été : Avec la chaleur et la transpiration, le microbiome change, il devient plus humide. Les textures trop riches peuvent occlure les pores et créer des boutons de chaleur ou de l’acné dorsale (bacne). Passez à des laits fluides, des gels-crèmes ou des brumes hydratantes. Et n’oubliez jamais : le soleil est l’ennemi n°1 de la barrière cutanée. Une peau brûlée est une peau dont le capital jeunesse est entamé. La protection solaire (SPF 50) sur les zones exposées du corps n’est pas une option, c’est une nécessité médicale.
11. Les 3 commandements pour une peau saine
UHEUF : Pour conclure cet entretien, quels sont les 3 gestes à adopter dès ce soir pour sauver sa peau ?
Dr. Nina Roos : Si vous ne deviez retenir que trois choses pour préserver votre capital peau :
- Baissez la température : L’eau chaude (au-delà de 37-38°C) fait fondre les lipides de votre barrière cutanée comme du beurre dans une poêle. Prenez des douches tièdes, c’est le premier geste anti-sécheresse.
- Jetez votre fleur de douche : C’est un nid à bactéries , c’est mauvaises pour le microbiome et l’action mécanique est trop abrasive. La main reste le meilleur outil de lavage, le plus doux et le plus hygiénique.
- Le timing est roi : L’hydratation avec de la crème ou de l’huile doit se faire dans les 3 minutes qui suivent la sortie de la douche, quand la peau est encore souple. C’est la fenêtre d’or pour sceller une hydratation profonde.
12. FAQ : Vos questions sur le soin corporel
Combien de fois par semaine dois-je faire un gommage ? Le Dr. Nina Roos recommande la prudence. Pour ne pas agresser la barrière cutanée, un gommage tous les 10 à 15 jours est suffisant pour une peau sèche. Une peau grasse peut tolérer une fois par semaine. Privilégiez les gommages enzymatiques chimiques, sans grains si vous avez la peau sensible.
Les huiles végétales suffisent-elles pour hydrater ? Pas tout à fait. L’huile nourrit, apporte du gras, mais n’hydrate pas, elle n’apporte pas d’eau. Pour une hydratation profonde, l’idéal est d’appliquer une eau florale ou un gel d’aloe vera avant votre huile, ou d’utiliser une crème qui contient un mélange d’eau et d’huile (émulsion).
Comment savoir si mon microbiome est déséquilibré ? Des signes ne trompent pas : irritations fréquentes, rougeurs, petits boutons sur le corps, odeurs corporelles changeantes ou une peau qui « pèle » sans raison apparente. C’est souvent le signe qu’il faut simplifier votre routine et revenir à des produits au pH neutre (5.5) pour restaurer la flore.
Quelle alimentation privilégier pour une peau très sèche ? Adoptez la routine In & Out : forcez sur les Oméga-3 ; poissons gras, noix, graines de chia, huile de lin. Buvez au moins 1,5L d’eau par jour et limitez le sucre raffiné qui favorise l’inflammation générale et peut perturber le collagène.
Pour aller plus loin (Liens utiles)
- L’étude scientifique : Pour les passionnés de science, découvrez cette étude sur l’importance du microbiome cutané (NCBI).
- L’expert : Retrouvez les conseils du Dr. Nina Roos sur son site officiel et ses ouvrages en librairie.
- Sur notre boutique : Découvrez notre sélection de Soins Corps respectueux du pH et nos compléments alimentaires.
